Prisons françaises : sortir de l’inhumanité

Le hasard des demandes des clients de Mise à Jour (mais peut-être n’est-ce pas tant un hasard que cela) a fait que le début de cet été 2013 a été l’occasion de travailler sur la question du système pénitentiaire de notre pays. D’une part à partir d’interviews de professionnels, de l’autre en rencontrant de – très – jeunes anciens détenus.

Tant du point de vue des peines infligées que des conditions de détention, le constat n’est pas glorieux. Les peines, notamment les plus courtes, ne sont souvent pas comprises comme des actes de justice et semblent être fréquemment inopérantes. Ainsi un jeune homme, porteur d’un bracelet électronique, m’expliqua en souriant tristement qu’il « en avait pris pour six mois, à cause d’un peu d’herbe sur lui ». Mais pendant ce temps-là, «les alcoolos du village, sortaient tous les samedis soirs du bistrot local totalement éméchés et personne n’y trouvait rien à redire ! »

Les conditions de détention, elles, s’aggravent régulièrement depuis dix ans. En juillet 2012, il y avait 67 373 personnes en détention pour 57 400 places dans les prisons françaises selon les chiffres donnés par une étude réalisée par la Fondation de France. Certaines cellules sont surpeuplées, refusant de fait la moindre intimité aux détenus. Des centaines de personnes sont obligées de dormir sur des matelas posés à terre, dans des conditions d’hygiène indignes d’une société “avancée”. Ainsi, Jean-Michel Delarue, contrôleur généraux des lieux de privation de liberté, pousse un cri d’alarme dans un numéro du Journal Officiel de décembre 2012 au sujet de la prison des Baumettes à Marseille. Il y dénonce « les violations graves des droits fondamentaux concernant l’hygiène et la sécurité physique des personnes… Réfrigérateur très sale et infesté de cafards tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; murs sales, dégradés et presque couverts d’inscriptions en tous genres, nombreuses araignées et cloportes ; sol sale, nombreux détritus, pas de cabine de douche ni d’eau chaude ; aucun placard ni rangement, pas de quoi s’asseoir, pas de table. »

Comment, dans de telles conditions imaginer développer des accompagnements sociaux et médicaux corrects afin de préparer la sortie de prison ? Comment favoriser des moments suffisamment apaisés pour donner une chance aux personnes de ne pas sortir de détention “la rage au cœur et au ventre”… avec entre autres conséquences, le risque de récidive ?

 Aujourd’hui, la Garde des Sceaux, Mme Christiane Taubira l’affirme : le taux de récidive est de 57 %. Ce n’est une bonne situation ni pour les personnes concernées, ni pour notre société. Souhaitons que dans les mois qui viennent, la ministre parvienne à enclencher une réforme en profondeur du système carcéral français. Souhaitons également que les associations qui interviennent auprès des détenus puissent trouver les moyens (humains et financiers) pour développer leurs actions. La cohésion sociale de l’ensemble de la société passe aussi par là.

Mireille Alphonse